L’explosion de la demande en calcul IA pousse les géants technologiques vers l’énergie nucléaire. Microsoft, Google et Amazon ont signé des contrats d’approvisionnement avec des exploitants de centrales nucléaires pour alimenter leurs datacenters dédiés à l’intelligence artificielle. En 2026, la consommation électrique des datacenters IA dans le monde atteint 85 TWh par an, soit l’équivalent de la production annuelle de la Belgique.

Une consommation énergétique en croissance exponentielle

L’entraînement et l’inférence des modèles de langage de grande taille consomment des quantités d’énergie sans précédent dans l’histoire de l’informatique. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des datacenters mondiaux a bondi de 48 % entre 2024 et 2026, passant de 460 TWh à environ 680 TWh par an. La part attribuée spécifiquement aux charges de travail IA représente désormais 12,5 % du total, contre 4 % en 2023.

Un seul entraînement de modèle frontier comme GPT-5 ou Gemini Ultra consomme entre 50 et 80 GWh, l’équivalent de la consommation annuelle de 15 000 foyers français. L’inférence à grande échelle — les requêtes quotidiennes de centaines de millions d’utilisateurs — multiplie cette empreinte par un facteur 10 à 20 sur la durée de vie du modèle. Les projections de l’AIE indiquent que la demande énergétique des datacenters pourrait doubler d’ici 2030 si la trajectoire actuelle se maintient.

Les contrats nucléaires des Big Tech

Face à cette réalité, les entreprises technologiques se tournent massivement vers l’énergie nucléaire pour ses deux avantages clés : une production continue (facteur de charge supérieur à 90 %) et des émissions de carbone quasi nulles en exploitation. Microsoft a signé en 2025 un accord de 20 ans avec Constellation Energy pour la réactivation de l’unité 1 de la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie, rebaptisée Crane Clean Energy Center. L’accord prévoit une capacité de 835 MW dédiée exclusivement aux datacenters Azure.

Google a conclu début 2026 un partenariat avec Kairos Power pour déployer des petits réacteurs modulaires (SMR) à proximité de ses datacenters dans le Nevada et en Caroline du Sud. Amazon Web Services a acquis un campus de datacenters adjacent à la centrale nucléaire de Susquehanna en Pennsylvanie, sécurisant 960 MW de capacité nucléaire. Oracle a annoncé la construction d’un datacenter de 1 GW alimenté par trois SMR NuScale dans l’Idaho, avec une mise en service prévue pour 2029.

Les petits réacteurs modulaires, solution d’avenir

Les SMR constituent le maillon stratégique de cette convergence entre nucléaire et IA. D’une puissance comprise entre 50 et 300 MW, ils peuvent être déployés sur le site même des datacenters, éliminant les pertes liées au transport d’électricité sur le réseau. NuScale Power, dont le design a obtenu la certification de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) américaine, mène la course avec six projets en développement aux États-Unis.

En France, EDF et le CEA développent le réacteur Nuward, un SMR de 340 MW dont le premier prototype devrait entrer en service en 2031. Selon les données de World Nuclear Association, plus de 80 concepts de SMR sont en développement dans 18 pays. La start-up française Jimmy Energy, soutenue par le plan France 2030, développe un micro-réacteur de 10 MW spécifiquement conçu pour les datacenters isolés.

Les tensions sur le réseau électrique

L’appétit énergétique des datacenters IA crée des tensions inédites sur les réseaux électriques nationaux. En Irlande, EirGrid a refusé de nouvelles connexions de datacenters à Dublin en raison de la saturation du réseau. En Virginie du Nord, première concentration mondiale de datacenters, Dominion Energy prévoit une augmentation de 85 % de la demande électrique d’ici 2030, nécessitant 37 milliards de dollars d’investissements en infrastructures.

En France, RTE a publié en mars 2026 un rapport d’alerte sur l’impact des projets de datacenters sur l’équilibre du réseau. Le document identifie 23 projets de datacenters de plus de 100 MW en cours d’instruction, représentant une demande cumulée de 4,8 GW. Le gestionnaire du réseau préconise une planification coordonnée entre les opérateurs de datacenters et les autorités énergétiques pour éviter un déséquilibre offre-demande à l’horizon 2028.

L’alternative renouvelable et ses limites

Les énergies renouvelables restent une composante importante du mix énergétique des datacenters, mais présentent des limites structurelles pour les charges de travail IA. L’intermittence du solaire et de l’éolien impose des systèmes de stockage massifs ou des sources d’appoint pour garantir la disponibilité 24/7 exigée par les datacenters. Google a atteint son objectif de fonctionner à 100 % d’énergie sans carbone sur une base annuelle, mais reconnaît que le matching horaire — consommer de l’énergie verte à chaque instant — reste un défi majeur.

Le nucléaire offre cette continuité que les renouvelables ne peuvent pas garantir seuls. La combinaison nucléaire de base + renouvelables en complément + stockage par batteries émerge comme le modèle optimal. Microsoft et Google investissent simultanément dans les trois piliers, avec des engagements cumulés dépassant 50 milliards de dollars sur la période 2025-2035 pour sécuriser leur approvisionnement énergétique.

FAQ

Pourquoi le nucléaire plutôt que le solaire pour les datacenters IA ?

Les datacenters IA nécessitent une alimentation électrique continue, 24 heures sur 24, 365 jours par an. Le nucléaire fournit cette énergie de base stable avec un facteur de charge supérieur à 90 %, contre 15 à 25 % pour le solaire et 25 à 40 % pour l’éolien. Les renouvelables complètent le mix mais ne peuvent pas assurer seuls la charge de base.

Les SMR sont-ils sûrs ?

Les petits réacteurs modulaires intègrent des systèmes de sûreté passive qui ne nécessitent aucune intervention humaine ni alimentation électrique externe en cas d’incident. Leur petite taille limite intrinsèquement les conséquences d’un éventuel accident. Le design NuScale a été certifié par la NRC après un processus d’évaluation de six ans.

Quel est l’impact carbone réel des datacenters IA ?

L’empreinte carbone dépend du mix énergétique local. Un datacenter alimenté au nucléaire émet environ 12 g de CO₂ par kWh, contre 400 à 800 g pour un datacenter alimenté au gaz ou au charbon. Les engagements des Big Tech vers le nucléaire et les renouvelables visent à réduire les émissions du secteur malgré la croissance de la consommation.