Points clés

• La Chine construit un data center sous-marin à 10 km de Shanghai, alimenté à 97 % par éolien offshore, avec 792 machines IA opérationnelles
• Les centres sous-marins réduisent la consommation électrique de 30 % et économisent 90 % de l’énergie de refroidissement
• En 2024, les data centers mondiaux ont consommé 415 TWh (1,5 % de la consommation mondiale), projection 945 TWh en 2030
• Des chercheurs alertent sur les risques pour la biodiversité marine et les écosystèmes sensibles aux variations thermiques

Les data centers consomment 415 TWh d’électricité par an et l’IA promet de doubler cette demande d’ici 2030. Face à cette équation énergétique intenable, la Chine parie sur les data centers sous-marins. Entre promesses de durabilité et risques écologiques, cette technologie peut-elle réconcilier la croissance de l’IA avec les impératifs climatiques ?

Pourquoi l’IA pose-t-elle un problème énergétique majeur ?

La consommation énergétique des data centers a atteint un point critique en 2026. Avec 415 TWh consommés en 2024 — soit 1,5 % de la consommation électrique mondiale —, les centres de données sont devenus l’un des secteurs les plus énergivores de l’économie numérique. Les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoient une consommation de 945 TWh à l’horizon 2030, dont plus de la moitié sera imputable à l’intelligence artificielle.

Cette explosion s’explique par la nature même des calculs IA. L’entraînement d’un modèle de fondation comme GPT-5 nécessite des milliers de GPU fonctionnant pendant des mois, générant une chaleur considérable. L’inférence, bien que moins gourmande par requête individuelle, se multiplie à l’échelle de milliards d’interactions quotidiennes. Le refroidissement de ces infrastructures représente à lui seul 30 à 40 % de la facture énergétique d’un data center traditionnel.

Au-delà de l’électricité, la consommation d’eau constitue un angle mort du débat. Un data center de taille moyenne utilise entre 3 et 5 millions de litres d’eau par jour pour son refroidissement. Dans un contexte de stress hydrique croissant, cette dépendance à l’eau douce devient socialement et écologiquement inacceptable.

Comment fonctionnent les data centers sous-marins ?

Le concept est élégant dans sa simplicité : immerger des conteneurs étanches remplis de serveurs au fond de l’océan, où l’eau froide assure un refroidissement naturel et gratuit. Microsoft a été le pionnier avec le projet Natick, qui a immergé un conteneur de 864 serveurs au large de l’Écosse entre 2018 et 2020. Les résultats ont été remarquables : un taux de défaillance huit fois inférieur aux centres terrestres, grâce à l’absence d’oxygène et d’humidité dans l’atmosphère azotée du conteneur.

En 2026, c’est la Chine qui mène la course. L’entreprise Hailanyun a lancé la construction d’un centre de données sous-marin à 10 km des côtes de Shanghai, connecté à un parc éolien offshore qui fournit 97 % de son énergie. La première phase comprend 198 racks de serveurs, soit jusqu’à 792 machines IA, avec une capacité suffisante pour entraîner un modèle de type GPT-3.5 en une journée.

Les installations sous-marines permettent d’économiser environ 90 % de l’énergie dévolue au refroidissement, réduisant la consommation totale d’au moins 30 % par rapport à un centre terrestre classique. L’indicateur PUE (Power Usage Effectiveness), qui mesure l’efficacité énergétique d’un data center, passe typiquement de 1,3-1,5 pour un centre terrestre à 1,05-1,10 pour un centre immergé.

Quels sont les risques environnementaux des data centers immergés ?

Si la promesse énergétique est séduisante, les risques environnementaux suscitent des inquiétudes légitimes. Le principal enjeu concerne le rejet de chaleur dans l’océan. Un data center immergé dissipe plusieurs mégawatts thermiques dans l’eau environnante, créant un « îlot de chaleur » localisé qui peut perturber les écosystèmes marins. Certaines espèces de coraux, de poissons et d’invertébrés sont sensibles à des variations de température de seulement 1 à 2 degrés Celsius.

Les vagues de chaleur océaniques, de plus en plus fréquentes avec le changement climatique, aggravent ce risque. Lorsque l’eau de surface est déjà anormalement chaude, l’apport thermique supplémentaire d’un data center peut franchir des seuils critiques pour la biodiversité locale. Des chercheurs de l’Université océanographique de Qingdao ont publié en 2025 une étude montrant des modifications mesurables de la faune benthique dans un rayon de 200 mètres autour d’un prototype de centre sous-marin.

Le risque de fuite de liquides de refroidissement ou de matériaux des serveurs en fin de vie pose également question. Bien que les conteneurs soient conçus pour être étanches sur des décennies, l’environnement marin — corrosion saline, pression, courants — représente un défi d’ingénierie permanent. La maintenance et le recyclage des équipements immergés génèrent par ailleurs un coût carbone non négligeable.

Quelles alternatives aux data centers sous-marins existent ?

Les data centers sous-marins ne sont qu’une option parmi d’autres pour réduire l’empreinte énergétique de l’IA. Le refroidissement liquide direct (immersion cooling), qui plonge les serveurs dans un bain de fluide diélectrique, offre des gains d’efficacité comparables sans les risques environnementaux marins. Cette technologie est déjà adoptée par des géants comme Meta et Microsoft dans leurs centres terrestres.

L’optimisation logicielle représente un levier souvent sous-estimé. Les techniques de quantification, de distillation de modèles et d’inférence clairsemée (sparse inference) réduisent la consommation énergétique des modèles IA de 50 à 80 % sans dégradation significative des performances. Le choix d’un modèle plus petit mais suffisant pour la tâche visée est souvent la décision la plus écologique.

En France, les projets de data centers se multiplient avec une attention croissante à l’efficacité énergétique. Le plan France 2030 prévoit 2,5 milliards d’euros d’investissements dans les infrastructures numériques, incluant des exigences PUE inférieures à 1,2 et une part croissante d’énergies renouvelables. La récupération de chaleur fatale — utiliser la chaleur des serveurs pour chauffer des bâtiments, des piscines ou des serres — s’impose comme une pratique vertueuse dans les nouveaux projets.

FAQ

Combien consomme un data center classique par rapport à un centre sous-marin ?

Un data center terrestre classique affiche un PUE de 1,3 à 1,5, ce qui signifie que pour 1 watt de calcul, 0,3 à 0,5 watt est consommé par le refroidissement et l’infrastructure. Un centre sous-marin atteint un PUE de 1,05 à 1,10 grâce au refroidissement naturel par l’eau de mer, soit une réduction de 30 % de la consommation totale.

Le projet Natick de Microsoft a-t-il été un succès ?

Le projet Natick (2018-2020) a démontré la viabilité technique des data centers sous-marins avec un taux de défaillance huit fois inférieur aux centres terrestres. Microsoft n’a cependant pas poursuivi le déploiement à grande échelle, préférant investir dans le refroidissement liquide terrestre. L’initiative a toutefois inspiré d’autres acteurs, notamment en Chine.

L’immersion des serveurs dans l’océan est-elle légale en Europe ?

Le cadre réglementaire européen est strict. La directive-cadre sur la stratégie pour le milieu marin (DCSMM) impose des évaluations d’impact environnemental rigoureuses. Aucun projet de data center sous-marin n’a encore été approuvé dans les eaux européennes, les autorités jugeant les risques pour les écosystèmes marins insuffisamment documentés.