Arm annonce le développement de son premier processeur maison depuis 35 ans, spécifiquement conçu pour les charges de travail d’intelligence artificielle. Baptisé en interne « AGI CPU », ce projet vise à proposer une alternative aux GPU de NVIDIA pour l’inférence IA en datacenter, avec une efficacité énergétique annoncée dix fois supérieure par watt.

Pourquoi Arm conçoit ses propres puces

Arm est connu pour concevoir des architectures de processeurs et les licencier à d’autres fabricants : Apple, Qualcomm, Samsung, MediaTek. L’entreprise n’avait plus fabriqué de puce sous son propre nom depuis les années 1990. Ce virage stratégique s’explique par l’opportunité colossale que représente le marché de l’inférence IA, estimé à 48 milliards de dollars en 2026 par SemiAnalysis.

Le PDG Rene Haas a confirmé lors du Arm Tech Summit de mars 2026 que l’entreprise investit 750 millions de dollars sur trois ans dans ce projet. L’objectif est de proposer un processeur d’inférence complet — pas seulement une architecture — directement aux hyperscalers (AWS, Google Cloud, Microsoft Azure) et aux entreprises opérant leurs propres datacenters.

Architecture et spécifications techniques

L’AGI CPU repose sur une nouvelle architecture baptisée Neoverse V3 AI, une évolution de la plateforme Neoverse V2 qui équipe déjà les instances Graviton 4 d’AWS. Les principales innovations comprennent des unités de calcul matriciel (AMX) intégrées directement dans chaque cœur CPU, un support natif des formats FP8 et INT4 pour l’inférence quantifiée, et une bande passante mémoire doublée grâce à l’interface HBM3e.

Selon les premières projections d’Arm, le processeur atteindrait 10 à 15 TOPS par watt en inférence INT8, contre environ 3 TOPS par watt pour un GPU H100 de NVIDIA dans les mêmes conditions. Cette efficacité énergétique permettrait de réduire de 70 % la consommation électrique des racks d’inférence par rapport à une solution GPU équivalente.

Un marché en pleine recomposition

L’entrée d’Arm sur le marché des puces IA s’inscrit dans un mouvement plus large. Apple a intégré un Neural Engine de 16 cœurs dans ses puces M4. Google développe ses TPU v6 (Trillium). Amazon pousse Trainium 2 et Inferentia 3. Microsoft travaille sur Maia 2. Chacun de ces acteurs cherche à réduire sa dépendance envers NVIDIA, dont les GPU H100 et B200 dominent encore plus de 80 % du marché de l’entraînement et 60 % de l’inférence IA, selon les données de IDC.

L’avantage d’Arm réside dans son écosystème logiciel existant. Des millions de développeurs maîtrisent déjà l’architecture Arm, et les frameworks d’inférence (ONNX Runtime, TensorRT, vLLM) supportent nativement les processeurs Neoverse. La transition depuis un cluster GPU vers un cluster CPU Arm pour l’inférence nécessiterait des modifications minimales du code applicatif.

Calendrier et disponibilité

Arm prévoit de livrer les premiers échantillons de l’AGI CPU au second trimestre 2027, avec une production de masse envisagée pour début 2028. Le processeur sera fabriqué en technologie 3 nm par TSMC. Les premiers clients seraient les hyperscalers, avant une disponibilité élargie aux entreprises via les serveurs de fabricants partenaires comme Ampere Computing, Fujitsu et Supermicro.

L’action Arm a bondi de 8 % à l’annonce, portant la capitalisation boursière de l’entreprise au-delà de 200 milliards de dollars. Les analystes de Morgan Stanley ont relevé leur objectif de cours de 180 à 220 dollars, estimant que le marché des puces d’inférence IA pourrait représenter 15 à 20 milliards de revenus additionnels pour Arm d’ici 2030.

FAQ

L’AGI CPU d’Arm remplacera-t-il les GPU NVIDIA ?

Pas pour l’entraînement, qui nécessite une puissance de calcul brute massive. L’AGI CPU cible spécifiquement l’inférence, où l’efficacité énergétique prime sur la puissance de calcul absolue. Les deux types de processeurs coexisteront.

Quand le processeur sera-t-il disponible ?

Les premiers échantillons sont prévus pour le second trimestre 2027, avec une production de masse début 2028. Les hyperscalers seront les premiers servis.

Arm continue-t-il de licencier ses architectures ?

Oui. Le modèle de licence reste le cœur de métier d’Arm. L’AGI CPU est un produit complémentaire qui n’empêche pas les partenaires comme Qualcomm ou Apple de concevoir leurs propres puces sur architecture Arm.