📋 En bref
OpenAI propose des taxes sur les profits de l'IA, des fonds souverains alimentés par la technologie et une semaine de travail réduite. Derrière ces idées séduisantes, un calcul stratégique bien rodé.
  • Le programme économique d'une entreprise privée
  • Ce que propose OpenAI, concrètement
  • Le problème avec l'arbitre qui écrit les règles
  • La semaine de 4 jours : promesse ou écran de fumée ?

Le programme économique d’une entreprise privée

OpenAI vient de publier ce qui ressemble à un programme politique. Taxes sur les profits de l’IA. Fonds souverains alimentés par les revenus technologiques. Filets de sécurité élargis pour les travailleurs déplacés. Et une semaine de travail de quatre jours rendue possible par les gains de productivité de l’intelligence artificielle.

Sam Altman, PDG d’OpenAI, présente ces propositions comme un exercice de responsabilité : puisque l’IA va transformer l’économie, autant anticiper plutôt que subir. L’intention affichée est louable. Mais derrière le vernis progressiste, il y a un calcul stratégique qui mérite d’être décortiqué.

Ce que propose OpenAI, concrètement

Le document articule trois axes. Le premier est une redistribution des profits de l’IA via une taxation dédiée — une « robot tax » qui ciblerait les entreprises dont les gains de productivité sont directement attribuables à l’automatisation par l’IA. Ces revenus fiscaux alimenteraient des fonds souverains technologiques, sur le modèle des fonds pétroliers norvégiens, qui redistribueraient les dividendes à l’ensemble de la population.

Le deuxième axe concerne l’expansion des filets de sécurité sociale : formations reconversion, assurance chômage étendue, aides à la transition pour les secteurs les plus exposés à l’automatisation.

Le troisième est la réduction du temps de travail. OpenAI argue que l’IA, en automatisant les tâches répétitives, libère suffisamment de temps pour qu’une semaine de quatre jours devienne économiquement viable sans perte de productivité.

Le problème avec l’arbitre qui écrit les règles

Il y a quelque chose de fondamentalement paradoxal à voir l’entreprise qui profite le plus de l’IA proposer les règles qui encadreront ses profits. OpenAI vient de boucler une levée de fonds de 122 milliards de dollars. Son chiffre d’affaires explose. Sa valorisation dépasse celle de la plupart des États.

Quand une entreprise de cette taille publie un document sur la taxation de l’IA, ce n’est pas de la philanthropie — c’est du lobbying préventif. En proposant son propre cadre, OpenAI tente de définir les termes du débat avant que les régulateurs ne le fassent à sa place. C’est une stratégie classique : mieux vaut une taxe qu’on a contribué à concevoir qu’une réglementation qu’on subit.

La semaine de 4 jours : promesse ou écran de fumée ?

L’idée de la semaine de quatre jours est séduisante et politiquement habile. Elle parle à tout le monde — qui refuserait de travailler un jour de moins ? Mais elle repose sur un présupposé discutable : que les gains de productivité liés à l’IA seront redistribués aux travailleurs sous forme de temps libre.

L’histoire économique suggère le contraire. Les gains de productivité des dernières décennies — automatisation industrielle, informatisation, délocalisation — ont massivement profité aux actionnaires et aux dirigeants, pas aux salariés. Rien dans la dynamique actuelle de l’industrie IA ne laisse penser que ce cycle sera différent.

Pour que la semaine de quatre jours devienne réalité, il faudrait un rapport de force politique que les travailleurs n’ont pas aujourd’hui. Et il est douteux qu’OpenAI, qui supprime elle-même des postes grâce à l’automatisation, soit l’acteur le mieux placé pour promouvoir cette redistribution.

Les fonds souverains : une idée solide mal portée

L’idée de fonds souverains technologiques est, en soi, la proposition la plus sérieuse du lot. Le modèle norvégien a prouvé qu’il était possible de transformer une rente (pétrolière, en l’occurrence) en richesse collective durable. Transposer ce mécanisme aux profits de l’IA a une logique économique réelle.

Mais la mise en œuvre pose des questions vertigineuses. Comment définir ce qui relève du « profit IA » dans une entreprise où l’IA est intégrée à tous les niveaux ? Quelle juridiction collecte la taxe quand les bénéficiaires sont des multinationales optimisant leur fiscalité ? Et qui gouverne ces fonds — les États, les citoyens, les entreprises elles-mêmes ?

Ce qu’il faut en retenir

Le document d’OpenAI a le mérite de poser les bonnes questions. L’IA va redistribuer la richesse — la seule incertitude porte sur la direction de cette redistribution. Vers le haut, comme d’habitude ? Ou, pour la première fois, vers une base plus large ?

Mais ne confondons pas le diagnostic et l’ordonnance. Qu’OpenAI identifie le problème ne signifie pas que ses solutions servent l’intérêt général. Quand le renard propose les règles du poulailler, il est sage de vérifier qui a les clés de la porte.