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Opinion

Hawk-Eye a raison à 100 %. Et personne n’est content.

Un homme, dans un train, égrène ses marges et ses EBITDA d'une voix éteinte, presque douloureuse de monotonie. Puis il range ses chiffres, sort deux aiguil

Une bifurcation de rails au crépuscule, un voyageur de dos au bout d'un quai désert.
📋 En bref
Un homme, dans un train, égrène ses marges et ses EBITDA d'une voix éteinte, presque douloureuse de monotonie. Puis il range ses chiffres, sort deux aiguil
  • Hawk-Eye a raison à 100 %. Et c'est là que le malaise commence
  • Le retour à l'atelier n'est pas une lubie de cadre fatigué
  • Entre l'EBITDA et le fil de laine, un fossé qui se voit à l'œil nu
  • Debord avait décrit notre open space en 1967

Un homme, dans un train, égrène ses marges et ses EBITDA d’une voix éteinte, presque douloureuse de monotonie. Puis il range ses chiffres, sort deux aiguilles, et se met à tricoter un bonnet. Ce geste minuscule dit quelque chose d’énorme.

🤖 Transparence IA — Cet article a été rédigé avec l'assistance d'outils d'IA générative à partir de sources primaires identifiées, puis relu et validé par Mohamed Meguedmi, fondateur de LagazetteIA.

Une classe entière de travailleurs du savoir a cessé de croire à son métier. Et je ne crois pas que ce soit un caprice de privilégiés.

Ce qu’il faut retenir – Depuis l’arbitrage vidéo Hawk-Eye, juste à 100 %, le sport a gagné en exactitude et perdu en intérêt : le même paradoxe frappe le travail intellectuel. – Des cadres surdiplômés se tournent vers la poterie, la peinture, le crochet — non comme loisir, mais pour retrouver un sentiment d’agentivité. – Guy Debord avait nommé ce vertige dès 1967 : « La société du spectacle ». – Ma lecture : le mal n’est pas la charge de travail, mais la perte de contact avec le réel qu’on produit.

Hawk-Eye a raison à 100 %. Et c’est là que le malaise commence

Commençons par le tennis. Depuis que la technologie Hawk-Eye tranche les balles litigieuses, l’arbitrage est juste à 100 % du temps, rapporte le magazine NOEMA dans une enquête publiée le 6 août 2026. Plus d’erreur humaine, plus de contestation, plus d’injustice sur la ligne. Le progrès dans sa forme la plus nue.

Et pourtant. Obtenir des décisions justes à 100 % est objectivement supérieur, mais se révèle subjectivement moins intéressant, moins divertissant. Le juge de ligne qui se trompe, le joueur qui hurle à l’injustice, l’arbitre qui hésite : tout ce théâtre imparfait faisait le sel du jeu. La machine a raison. Le spectacle, lui, s’éteint.

Je commence par cette anecdote sportive parce qu’elle est une maquette de ce qui arrive au travail de connaissance. Depuis quinze ans, nous avons instrumenté chaque tâche intellectuelle : tableaux de bord, indicateurs, réponses optimales, marges au dixième de point. Nous avons voulu que le savoir soit exact comme Hawk-Eye. Nous y sommes presque parvenus. Et beaucoup de ceux qui y travaillent se réveillent avec le sentiment d’avoir gagné en justesse ce qu’ils ont perdu en raison d’être.

Le retour à l’atelier n’est pas une lubie de cadre fatigué

Il me semble qu’un signal faible traverse aujourd’hui les professions du savoir. Il ne fait pas de bruit. Il ne défile pas. Il se murmure au café, se confie dans le coin sombre d’un bar : l’envie de reprendre la poterie, la peinture, le crochet. L’idée, à demi rêvée, d’aller « vivre dans une ferme, quelque part ».

On pourrait balayer cela d’un revers de main. Nostalgie de bobos épuisés, marotte du dimanche, romantisme de l’artisan. Ce serait aller vite. Car ces mêmes personnes ne manquent de rien : ce sont, selon l’enquête de NOEMA, les Américains les mieux formés et les mieux payés, ceux qui peuvent s’offrir à peu près tout ce qu’ils désirent.

Or ces gens-là ont fait un choix étrange. Ils ont choisi le bureau — et pas seulement pour le salaire. NOEMA décrit ce rapport au travail comme quelque chose d’« émotionnel, voire spirituel » : les plus diplômés fréquenteraient l’open space « pour la même raison que les chrétiens fervents vont à l’église le dimanche : c’est là qu’ils se sentent le plus eux-mêmes ». Voilà le paradoxe. On a fait du bureau une église, et l’on rêve désormais d’en sortir pour tricoter. Quand le lieu de sens devient le lieu du vide, c’est le sens lui-même qui est en cause.

Entre l’EBITDA et le fil de laine, un fossé qui se voit à l’œil nu

Reviens à notre homme du train. Le récit rapporté par NOEMA est d’une précision cruelle : ce jeune cadre explique ses EBITDA et ses opportunités de marge avec une monotonie douloureuse, puis sort ses aiguilles à tricoter pour confectionner un bonnet. Deux langages dans le même corps. L’un mesure. L’autre fabrique.

Le premier langage est celui du travail de connaissance contemporain : abstrait, chiffré, indéfiniment reportable, jamais tout à fait fini. Vous produisez un tableur, il alimente un autre tableur, qui nourrit une décision que vous ne verrez jamais aboutir. Le second langage, celui du bonnet, a un début, un milieu et une fin. Vous voyez la laine devenir objet. Vous pouvez le tenir, l’offrir, le porter.

Ce projet, dit l’intéressé, est né du simple désir de « faire quelque chose ». Cette phrase, en apparence banale, est un aveu. Elle signifie : au bureau, je ne fais pas quelque chose. Je traite de la matière première symbolique qui ne prend jamais corps. Et quand un métier de savoir cesse de laisser une trace tangible dans le monde, l’exactitude de ses livrables ne suffit plus à le rendre habitable.

Debord avait décrit notre open space en 1967

Un philosophe avait vu venir tout cela. En 1967, Guy Debord ouvrait La société du spectacle par une phrase qui n’a pas vieilli : « Dans les sociétés où règnent les conditions modernes de production, toute la vie se présente comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » NOEMA la convoque, et elle tombe juste.

Le travail de connaissance est devenu, au sens strict, spectaculaire : il vit dans la représentation. Nous ne cultivons plus, nous ne forgeons plus, nous ne cousons plus. Nous produisons des représentations de production. Debord ajoutait que le spectacle « se présente comme une immense positivité, indiscutable et inaccessible », dont l’unique message est : « ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ». C’est exactement la loi du tableau de bord parfait, de l’indicateur juste à 100 % : il apparaît, donc il est bon.

Debord voyait même le prolétariat « objectivement renforcé » par le fait que les secteurs des « services » et les professions intellectuelles se voyaient soumis à des conditions de travail proches de l’usine. Écrit il y a près de soixante ans. Il décrit l’open space de 2026.

Reste l’objection sérieuse, et elle vient de Debord lui-même. Ce malaise n’est-il pas, à son tour, une marchandise ? Le penseur français prévenait que « la rébellion elle-même devient une marchandise dès que l’économie de l’abondance a développé la capacité de traiter cette matière première ». Autrement dit : le cadre qui tricote et rêve de ferme ne fait peut-être que consommer une posture de dissidence, vendue en kit avec le tour de potier et le stage de céramique.

L’objection est juste, en partie. Oui, il existe une industrie du « ralentir » qui recycle l’angoisse en abonnement. Mais je ne crois pas qu’elle épuise le phénomène. On peut monétiser un symptôme sans l’avoir inventé. Le besoin de « faire quelque chose » précède le marché qui l’exploite — et c’est précisément parce qu’il est réel qu’il se vend si bien.

Ce que le désir de « faire quelque chose » met à nu

J’observe que la vraie question n’est pas psychologique mais politique, au sens le plus large. Ce que cherchent ces professionnels du savoir, ce n’est pas moins de travail. C’est de l’agentivité : la sensation de peser sur le monde, d’en modifier une portion visible, d’en être l’auteur et pas seulement le processeur.

Le tricot, la poterie, la ferme rêvée ne sont pas des fuites hors du réel. Ce sont des tentatives de rentrer dedans. Ce qui se joue déborde de très loin le marché des loisirs créatifs. C’est une crise d’identité propre aux métiers intellectuels : à mesure que l’automatisation rend nos livrables plus exacts, elle nous éloigne du geste qui donnait au travail sa dignité sensible.

À retenir, et ce que je surveillerai

Nous voulions un monde juste à 100 %. Nous l’obtenons, secteur après secteur — et nous découvrons, comme au tennis, qu’un jeu sans faille est un jeu sans chair. L’homme du train l’a compris avant nous : il a rangé ses marges et pris ses aiguilles. Non pour fuir son métier, mais pour retrouver la seule chose que l’exactitude ne fabrique pas — le sentiment de faire.

  • Le paradoxe fondateur : la justesse à 100 % de Hawk-Eye est objectivement supérieure et subjectivement plus pauvre. Transposez au bureau : l’optimisation parfaite peut vider un métier de son intérêt.
  • Le symptôme : des travailleurs du savoir, parmi les mieux payés, réinvestissent la poterie, la peinture, le crochet — pour retrouver de l’agentivité, pas pour se distraire.
  • La grille de lecture : Debord (1967) tenait déjà le fil — le travail intellectuel vit dans la représentation, et « ce qui apparaît est bon ».

Ce que je surveillerai d’ici la fin 2026 : la manière dont les employeurs répondront. Soit ils prendront le signal au sérieux et rendront au travail du savoir une part de geste et de trace visible. Soit ils vendront des ateliers de céramique en salle de pause — et transformeront le malaise en énième marchandise. Je débats. À vous de me contredire.


Cet article est une tribune et reflète l’opinion de son auteur.

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À propos de l'auteur

Mohamed Meguedmi

Je suis Mohamed Meguedmi, fondateur et directeur éditorial de LagazetteIA. Multi-entrepreneur passionné de tech depuis toujours, j'ai intégré l'IA dans chacune de mes entreprises dès ses débuts. Chaque semaine, je teste des dizaines d'outils IA, compare les modèles et décortique les dernières avancées pour vous donner un avis concret, sans bullshit. Mon objectif avec LagazetteIA : vous faire gagner du temps et vous aider à prendre les bonnes décisions dans cette révolution technologique. La rédaction s'appuie sur des outils d'analyse modernes (incluant l'IA générative) et chaque publication est vérifiée et validée par mes soins avant mise en ligne. Profil LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/mohamed-meguedmi/