Le 24 mars 2026, OpenAI a officiellement annoncé la fermeture de Sora, son application de génération vidéo par IA. L’application, l’API et les fonctionnalités vidéo intégrées à ChatGPT seront progressivement désactivées d’ici le 26 avril. Un retrait qui met fin à l’un des projets les plus médiatisés de l’entreprise — et qui en dit long sur les réalités économiques de l’IA générative.
Un gouffre financier
Les chiffres révélés après l’annonce sont vertigineux. Sora brûlait environ un million de dollars par jour en coûts d’inférence, soit près de 15 millions de dollars quotidiens en infrastructure de calcul. En face, les revenus cumulés générés par l’application sur toute sa durée de vie n’ont atteint que 2,1 millions de dollars. Le ratio coût/revenu était tout simplement insoutenable.
Le nombre d’utilisateurs actifs a plafonné à environ un million après le lancement, avant de chuter sous les 500 000. Un déclin rapide qui illustre un problème récurrent dans la génération vidéo par IA : la fascination initiale ne se traduit pas en usage régulier. Les créateurs professionnels ont trouvé l’outil trop imprévisible, tandis que le grand public n’a pas identifié de cas d’usage quotidien suffisamment convaincant.
Disney pris de court
L’un des aspects les plus révélateurs de cette fermeture concerne Disney. Le géant du divertissement avait engagé un milliard de dollars dans un partenariat stratégique avec OpenAI autour de Sora. Selon plusieurs sources, Disney n’a été informé de la décision de fermeture que moins d’une heure avant l’annonce publique. Le partenariat est mort avec le produit.
Cet épisode soulève des questions sur la manière dont OpenAI gère ses relations avec ses partenaires industriels. Quand un investissement d’un milliard de dollars peut s’évaporer sans préavis, la confiance des entreprises dans les engagements à long terme des laboratoires d’IA s’en trouve nécessairement ébranlée.
Un pivot vers la robotique
OpenAI a justifié la fermeture par une réallocation des ressources de calcul vers la simulation de mondes physiques pour la robotique. Un pivot qui n’est pas anodin : il suggère que l’entreprise considère la génération vidéo grand public comme une impasse commerciale, tout en estimant que les mêmes capacités techniques ont plus de valeur dans un contexte industriel.
Ce repositionnement intervient alors qu’Anthropic et son outil Claude Code grignotent des parts significatives sur le marché des développeurs et de l’entreprise — le segment qui génère les revenus les plus prévisibles. Sam Altman a visiblement choisi de concentrer ses forces là où la bataille se joue vraiment, quitte à abandonner un produit qui faisait encore les gros titres.
Ce que Sora révèle sur l’IA générative
La mort de Sora n’est pas un échec technologique — c’est un échec de modèle économique. La technologie fonctionnait. Les vidéos générées impressionnaient. Mais impressionner ne suffit pas quand le coût d’inférence dépasse de plusieurs ordres de grandeur ce que les utilisateurs sont prêts à payer. C’est peut-être la leçon la plus importante de cette histoire : dans l’IA générative, la prouesse technique et la viabilité commerciale sont deux choses très différentes.



