Points clés

  • Alibaba annonce un objectif de 100 milliards de dollars de revenus cloud et IA en cinq ans
  • Revenus cloud actuels : 6,2 milliards de dollars au T3 fiscal 2026 (+36 % sur un an)
  • L’annonce intervient après une chute de 67 % du bénéfice trimestriel
  • La Chine investit massivement dans l’IA malgré les restrictions américaines sur les puces

Le chiffre qui fait tourner les têtes

Lors de la présentation des résultats du T3 fiscal 2026, le CEO d’Alibaba Eddie Wu a lancé un objectif qui a fait réagir les marchés : dépasser les 100 milliards de dollars de revenus annuels en cloud et IA dans les cinq prochaines années. Pour une division qui génère actuellement 6,2 milliards de dollars par trimestre (soit environ 25 milliards annualisés), cela implique une multiplication par quatre. Un objectif qui exige au minimum 35 % de croissance annuelle soutenue.

La thèse : l’IA comme planche de salut

Ce chiffre n’est pas un effet d’annonce gratuit. Alibaba traverse une période difficile. Le bénéfice trimestriel a chuté de 67 %, plombé par des investissements massifs en infrastructure IA et une croissance globale anémique. Le groupe, autrefois dominateur incontesté du e-commerce chinois, fait face à la concurrence de Pinduoduo, Douyin (TikTok chinois) et JD.com. L’IA et le cloud sont présentés comme le relais de croissance qui justifie les sacrifices actuels.

Le contexte : la course IA sino-américaine

L’ambition d’Alibaba s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Les États-Unis maintiennent des restrictions strictes sur l’exportation de puces IA avancées vers la Chine, ciblant notamment les GPU NVIDIA H100 et H200. Malgré ces obstacles, l’écosystème IA chinois continue de progresser.

Alibaba Cloud a développé ses propres modèles de langage (la famille Qwen) et ses propres puces (Hanguang). Le modèle Qwen 2.5 s’est classé parmi les meilleurs modèles open source mondiaux en 2025. Selon Bloomberg, Alibaba mise sur le MaaS (Model as a Service) pour démocratiser l’accès à ses modèles en Chine et en Asie du Sud-Est.

Le plan quinquennal chinois 2026-2030, qui positionne l’IA comme arme stratégique nationale, offre un soutien politique et financier considérable aux champions nationaux. Alibaba, Baidu, Tencent et les startups comme DeepSeek bénéficient de subventions, de facilités réglementaires et d’un marché intérieur de 1,4 milliard de consommateurs.

Analyse technique : les leviers de croissance

La croissance de 36 % des revenus cloud au dernier trimestre est encourageante, mais insuffisante pour atteindre l’objectif de 100 milliards. Alibaba devra actionner plusieurs leviers :

Le MaaS : vendre l’accès à ses modèles Qwen via API est un marché à forte marge. En Chine, où l’accès aux modèles occidentaux est limité, Alibaba occupe une position dominante. Selon Motley Fool, les revenus MaaS d’Alibaba Cloud ont triplé en 2025.

L’expansion internationale : Alibaba Cloud est déjà présent dans 29 régions mondiales. L’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Afrique représentent des marchés en croissance où la concurrence d’AWS et Azure est moins intense.

L’infrastructure souveraine : les gouvernements et entreprises chinoises préfèrent des fournisseurs cloud nationaux pour des raisons de souveraineté des données. Ce marché captif est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an.

Impact terrain : la concurrence s’intensifie

Pour AWS, Azure et Google Cloud, l’ambition d’Alibaba est un avertissement. Le cloud chinois représente le deuxième marché mondial, et Alibaba en détient environ 36 % de parts de marché. Si le groupe parvient à combiner IA générative et infrastructure cloud à grande échelle, il pourrait devenir un concurrent crédible sur les marchés émergents où les hyperscalers américains sont encore en phase de conquête.

Pour les entreprises françaises et européennes, l’enjeu est indirect mais réel : la compétition entre clouds américains et chinois pourrait tirer les prix vers le bas, offrant des opportunités mais aussi des questionnements sur la souveraineté des données.

Perspectives contradictoires

Les sceptiques soulignent qu’Eddie Wu n’a fourni aucun détail sur la manière d’atteindre cet objectif. 35 % de croissance annuelle pendant cinq ans consécutifs est un exploit que même AWS n’a pas maintenu à cette échelle. Les restrictions américaines sur les puces pourraient limiter la capacité d’Alibaba à entraîner des modèles de pointe, creusant l’écart technologique. Et la chute de 67 % du bénéfice montre que le coût de la course à l’IA pèse lourdement sur les finances du groupe.

Prospective

Les 12 prochains mois seront décisifs. Si Alibaba maintient une croissance cloud supérieure à 30 % et lance des services MaaS compétitifs à l’international, l’objectif de 100 milliards deviendra crédible. Dans le cas contraire, il risque de rejoindre la longue liste des promesses technologiques chinoises restées sans suite.

FAQ

Alibaba Cloud est-il comparable à AWS ou Azure ?

En Chine, oui. Alibaba Cloud est le leader avec 36 % de parts de marché et une gamme complète de services. À l’international, il reste nettement derrière AWS (31 % du marché mondial) et Azure (25 %).

Les modèles Qwen d’Alibaba sont-ils accessibles en Europe ?

Les versions open source de Qwen (Qwen 2.5) sont accessibles mondialement via Hugging Face et GitHub. Les services cloud Alibaba sont disponibles en Europe, mais leur adoption reste marginale pour des raisons de souveraineté des données.

Les restrictions américaines sur les puces freinent-elles réellement la Chine ?

Elles ralentissent l’accès aux GPU les plus avancés, mais stimulent le développement de puces alternatives (Huawei Ascend, Alibaba Hanguang). L’impact à court terme est réel ; à moyen terme, les acteurs chinois développent des solutions de contournement.

Quelle est la position de la France dans cette compétition cloud ?

OVHcloud, Scaleway et 3DS Outscale représentent l’offre souveraine européenne, mais pèsent collectivement moins de 2 % du marché mondial. Le cloud souverain français reste un enjeu politique plus qu’un concurrent direct d’Alibaba, AWS ou Azure.